Paradoxe d'une jeunesse militante

Publié le par Coordination régionale


On la savait désinvolte et empreinte de valeurs ; la jeunesse militante nous a appris au cours de ces dernières années qu’elle excellait également dans l’art du paradoxe pour illustrer de manière magistrale son exigence critique et sa profonde insatisfaction à l’égard de la classe politique.

Les jeunes se positionnent comme acteurs du changement et exigent davantage de représentativité et d’écoute auprès des pouvoirs publics mais l’évolution des conditions d’exercice de leur engagement les éloigne des structures qui leur permettent cette représentation. Cette situation quelque peu paradoxale caractérise toute l’ambiguïté du rapport qu’ils entretiennent avec la chose publique et les institutions. En effet, les jeunes expriment un désintérêt prononcé pour les formes classiques de l’engagement de type fédéral (partis politiques, syndicats, associations) pour privilégier des instances de participation plus discrètes, sous des dénominations variées et dans des logiques institutionnelles différentes. L’émergence de ces nouveaux modes d’engagement chez les jeunes s’accompagne, par ailleurs, d’un taux d’abstention croissant lors des élections. Ces deux situations attestent bien d’un phénomène de « rupture sociale » exprimée, notamment, par la « génération précaire » en 2006.

L’affaiblissement des idéologies de progrès proposées par les politiques ont également conduit les jeunes militants à penser leur engagement de manière pragmatique : agir ici et maintenant dans un souci d’efficacité. Réticents aux adhésions de longue durée, ils rejoignent donc plus facilement les collectifs informels liés à l’actualité qui leur permettent d’agir dans l’immédiat. L’individualisme contemporain a contribué à cette transformation de la figure du jeune militant en générant des formes d’engagement plus autonomes. L’effet pervers est que cet individualisme comporte aussi des tendances narcissiques et/ou consuméristes qui peuvent induire certains à se désinvestir de l’espace public et à vivre leur engagement à court terme.

Témoin de l’état de santé de la démocratie représentative et de ses dispositions à l’égard du système politique, et plus largement de la société, la jeunesse militante constitue un véritable thermomètre social. A l’heure où les jeunes manifestent de la défiance envers la classe politique et se montrent plus en retrait de la décision électorale, parce qu’ils se montrent très dubitatifs sur l’offre électorale qui leur est proposée, il devient impératif d’engager une réflexion sur les alternatives qui sont à notre disposition pour réconcilier ces derniers avec la politique, dans tout ce qu’elle a de noble. En conséquent, il semble plus que jamais nécessaire de réintroduire du débat, de l’esprit critique, de reconstruire un lieu d’expression des conflits – ce que la politique instituée à renoncé à être – de replacer l’homme et les problèmes qu’il rencontre au quotidien au cœur des réflexions politiques, et ainsi, reconstruire un véritable projet de société… avec les jeunes.


Jean-Luc HUMBERT
Conseil Economique et Social de Lorraine
 
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Publié dans CES News

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