Vendredi 14 septembre 2007
Le rapport sur les jeunes en Lorraine mené par le
Conseil Economique et Social a été présenté ce matin en réunion de bureau. Le rapporteur du groupe a fait état des divers constats de l'étude et formulé des propositions de préconisations. Bien
que le document soit conséquent (350 pages), il reste volontairement incomplet pour inviter la prochaine mandature à approfondir les pistes de travail proposées. Il s'agit avant tout d'un
document d'appui, riche en éléments (données analytiques et statistiques + témoignages plus personnels de jeunes et de structures), qui peut servir de document de référence pour engager des
débats sur le thème. Pour rappel, l'étude se divise en sept volets, à savoir :
• données de cadrage régionales
• la vie scolaire et vie des apprentis
• la vie étudiante
• l'accès au logement autonome
• l'insertion professionnelle et l'accès à l'emploi
• la pratique sportive, la vie culturelle et artistique, la participation à la vie associative
• l'engagement
Par Jean-Luc HUMBERT
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Dimanche 10 décembre 2006
On la savait désinvolte et empreinte de valeurs ; la jeunesse militante nous a appris au cours de ces dernières années qu’elle excellait également dans l’art
du paradoxe pour illustrer de manière magistrale son exigence critique et sa profonde insatisfaction à l’égard de la classe politique.
Les jeunes se positionnent comme acteurs du changement et exigent davantage de représentativité et d’écoute auprès des pouvoirs publics mais l’évolution des conditions d’exercice de leur
engagement les éloigne des structures qui leur permettent cette représentation. Cette situation quelque peu paradoxale caractérise toute l’ambiguïté du rapport qu’ils entretiennent avec la chose
publique et les institutions. En effet, les jeunes expriment un désintérêt prononcé pour les formes classiques de l’engagement de type fédéral (partis politiques, syndicats, associations) pour
privilégier des instances de participation plus discrètes, sous des dénominations variées et dans des logiques institutionnelles différentes. L’émergence de ces nouveaux modes d’engagement chez
les jeunes s’accompagne, par ailleurs, d’un taux d’abstention croissant lors des élections. Ces deux situations attestent bien d’un phénomène de « rupture sociale » exprimée, notamment, par la «
génération précaire » en 2006.
L’affaiblissement des idéologies de progrès proposées par les politiques ont également conduit les jeunes militants à penser leur engagement de manière pragmatique : agir ici et maintenant dans
un souci d’efficacité. Réticents aux adhésions de longue durée, ils rejoignent donc plus facilement les collectifs informels liés à l’actualité qui leur permettent d’agir dans l’immédiat.
L’individualisme contemporain a contribué à cette transformation de la figure du jeune militant en générant des formes d’engagement plus autonomes. L’effet pervers est que cet individualisme
comporte aussi des tendances narcissiques et/ou consuméristes qui peuvent induire certains à se désinvestir de l’espace public et à vivre leur engagement à court terme.
Témoin de l’état de santé de la démocratie représentative et de ses dispositions à l’égard du système politique, et plus largement de la société, la jeunesse militante constitue un véritable
thermomètre social. A l’heure où les jeunes manifestent de la défiance envers la classe politique et se montrent plus en retrait de la décision électorale, parce qu’ils se montrent très
dubitatifs sur l’offre électorale qui leur est proposée, il devient impératif d’engager une réflexion sur les alternatives qui sont à notre disposition pour réconcilier ces derniers avec la
politique, dans tout ce qu’elle a de noble. En conséquent, il semble plus que jamais nécessaire de réintroduire du débat, de l’esprit critique, de reconstruire un lieu d’expression des conflits –
ce que la politique instituée à renoncé à être – de replacer l’homme et les problèmes qu’il rencontre au quotidien au cœur des réflexions politiques, et ainsi, reconstruire un véritable projet de
société… avec les jeunes.
Jean-Luc HUMBERT
Conseil Economique et Social de Lorraine
Par Coordination régionale
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La crise du logement ne touche plus uniquement les jeunes et ne concerne plus seulement ceux qui sont en difficultés d'insertion professionnelle ou sociale, mais bien l'ensemble des jeunes, même lorsqu'ils disposent d'un travail et de ressources. Trois catégories sont particulièrement touchées :
• les plus fragiles en rupture familiale ou scolaire dont la situation s’aggrave ;
• les jeunes travailleurs insérés économiquement et socialement de plus en plus touchés ;
• les étudiants qui subissent une dégradation de leurs capacités financières et le manque de logements adaptés.
Les jeunes adultes sont souvent contraints à prolonger leur séjour sous le toit parental. Les petits logements à bas loyers ont souvent disparu des centres-villes, localisation qu’ils recherchent en priorité. L’entrée sur le marché de l’emploi se fait généralement par des contrats à durée déterminée, ce qui ne favorise pas la conclusion de baux locatifs. L’aide des parents devient pour eux déterminante. Mais dans le cas où cette solidarité intergénérationnelle ne fonctionne pas ou plus la situation de ces jeunes devient particulièrement alarmante.
Cette aggravation généralisée résulte de la montée, désormais installée dans la durée, des insécurités sociales et économiques, conjuguées à une crise du logement sans précédent qui provoque des effets sociaux durables et sans doute irréversibles. Les jeunes sont plus que les autres touchés par la précarité de l'emploi (plus d’1 sur 5 est au chômage et les deux tiers accèdent au travail sous une forme précaire) et par la pauvreté (en 1996, 20 % des ménages de moins de 25 ans se trouvaient sous le seuil de pauvreté, contre 8 % en 1979).
Parallèlement, en haut comme en bas de l’échelle sociale, les jeunes sont les premiers exposés aux turbulences de la crise du logement :
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Ils sont confrontés à une offre de logement restreinte : la demande émanant des jeunes a sensiblement augmenté (doublement du nombre d’étudiants, entrée plus tardive dans la vie familiale…) et porte essentiellement sur des petits logements dans le parc privé
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Ils supportent les loyers les plus chers : en étant orientés essentiellement vers les petits logements du parc privé, ils sont conduits à payer les loyers les plus chers, en particulier parce que ces logements connaissent une forte rotation qui autorise des réajustements de loyer à chaque changement de locataire. En 2000, selon la Fondation Abbé Pierre, le montant annuel moyen des coûts de loyer hors charges était de :
- 3 356 € pour les moins de 25 ans
- 3 059 € pour les 25 à 34 ans
- 1 957 € pour les 35 à 44 ans
- 838 € pour les 65 à 74 ans
•
Ils sont plus que d'autres « aux portes du logement » : en 2002, 55 % des jeunes de 19 à 26 ans déclaraient vivre chez leurs parents, alors que 35 % d’entre eux avaient un emploi ; par ailleurs, les jeunes qui ont entre 18 et 29 ans représentent plus d’1/3 de la population sans domicile, alors qu’ils ne renvoient qu’à 23 % de la population française.
La problématique spécifique des jeunes travailleurs
Pour ce dernier cas, aux problèmes d’ordre financier et de difficultés d’accès au logement se rajoutent des problèmes de rupture sociale qui deviennent de plus en plus fréquents.
En Lorraine, La problématique du logement des jeunes travailleurs est de plus en plus préoccupante. Certaines zones de la région sont en forte demande par rapport à une offre de logements en foyers insuffisante et d’autres zones ont une offre trop abondante. Par exemple à Metz, les foyers ne sont qu’à 50 % à 60 % occupés.
Environ 75 % des jeunes ne reste pas plus de 6 mois en hébergement ce qui pose un réel problème d’accueil en permanence.
Dans les villes, en particulier à Metz, la majorité des jeunes en foyer intègrent un foyer suite à une rupture familiale. Pour ce qui concerne les jeunes de moins de 26 ans, il existe des problèmes de solvabilité (ne perçoivent pas le RMI).
Il s’agirait donc de trouver des formules afin de permettre de solutionner les problèmes de solvabilité qui peuvent empêcher d’accéder au logement.
Les foyers sont pour la plupart endettés. Depuis environ 10 ans, ce sont près de 300 établissements qui ont fermé en France.
Il est à signaler également que les Foyers de Jeunes Travailleurs fournissent en dehors de la prestation logement, une prestation alimentaire qui est obligatoire et qui est incluse dans le prix (minimum de 20 repas par mois). Certains foyers sont mixtes et d’autres ne le sont pas.
Compte tenu par ailleurs de la baisse des CDI, de l’augmentation de l’intérim et de l’alternance, le turn-over s’accélère. Ce type de logements est souvent un logement de premier accueil ou de transit. Ceux qui restent longtemps sont souvent ceux qui ont le plus de problèmes.
Les foyers assument également une mission sociale et pédagogique en direction des jeunes en difficultés. Pour autant, les foyers comme les CLLAJ ne se positionnent pas sur les publics les plus en difficultés, qui reste de la mission de l’hébergement d’urgence.
La principale difficulté est celle de la solvabilité et donc de l’emploi des jeunes, qui reste le préalable essentiel au logement.
La situation du logement des étudiants qui s’aggrave
Selon le rapport du CES national de 2004 : « les étudiants, dont le nombre après une période de forte croissance se stabilise autour de 2,16 millions, connaissent à chaque rentrée universitaire les affres de la recherche de la chambre ou du logement « pas cher ». Les CROUS ne disposent pas des moyens nécessaires pour entretenir un parc vieilli et notoirement insuffisant. Les familles se trouvent ainsi contraintes de se porter caution face aux exigences souvent exorbitantes des bailleurs ».
Ils sont par ailleurs confrontés à une dégradation de leurs capacités financières. La hausse continue des dépenses liées aux études n'est pas compensée par l'augmentation des aides de l'Etat attribuées aux étudiants, de sorte que deux tiers d'entre eux sont amenés à travailler pour vivre, ce qui n’est pas sans effet, lorsqu'on sait que le cumul entre travail et études réduit d’un tiers le taux de réussite aux examens.
Ils subissent, comme les autres catégories de la population, la crise du logement et la hausse des loyers, notamment dans les villes universitaires, et s'ils bénéficient assez largement des aides personnelles au logement, celles-ci ne sont pas distribuées de façon équitable, les étudiants les moins aidés par leur famille en bénéficiant le moins (les ressources déclarées pour déterminer le montant des aides n'intègrent pas la contribution financière des parents).
En Lorraine, de nombreux observateurs et professionnels du logement et de l’immobilier sont conduits aux mêmes constats :
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Une précarisation croissante des étudiants et une inadaptation des logements à la demande et aux contraintes spécifiques notamment financières
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Une nécessaire adaptation de l’offre à la demande. Le développement de la co-location chez les étudiants démontre qu’ils veulent des appartements plus grands (le studio ne semble plus adapté), et des meublés qui sont plus pratiques.
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Une aggravation des problèmes qui va se poursuivre à l’avenir qui nécessiterait une action spécifique sur ce secteur
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Une non résolution des problèmes qui risquerait à terme de constituer un réel frein au développement et l’attractivité des Universités Lorraines.
Selon le rapport 2006 de la Fondation Abbé Pierre : « cette crise intense et généralisée provoque des effets sociaux en cascade et nuit gravement a la vie affective, professionnelle et sociale des jeunes ».
La vie quotidienne des jeunes est fortement perturbée par les difficultés qu'ils rencontrent en matière de logement. La question du lieu de résidence conditionne parfois celui de l'emploi et pour ceux qui ont un logement, la faiblesse des ressources disponibles après paiement du loyer et des charges conduit à des arbitrages budgétaires dont les conséquences sont parfois importantes (report des dépenses de santé, baisse des dépenses d’alimentation…).
Des projets de vie sont freinés, l'absence de logement affecte gravement la vie de couple ou familiale et bloque parfois des perspectives professionnelles ou de formation (sans logement, pas de stabilité et sans point d’attache, pas de projet). Les jeunes se retrouvent également pris en tenaille entre les exigences de souplesse du marché du travail et les rigidités du marché du logement, la difficulté de logement pouvant faire barrage à la mobilité professionnelle ou briser une dynamique de retour à l'emploi.
Dans ces conditions, les jeunes sont conduits à accepter les solutions « les moins pires » : co-location, éloignement des centres urbains, voire accession à la propriété…. Si ces stratégies de contournement peuvent être parfois perçues comme des modes de vie librement choisis, elles masquent souvent en réalité la pénurie de logements et la précarité sociale et économique que subissent ceux qui les vivent.
Extrait du rapport sur le logement présenté en séance plénière
du Conseil Economique et Social de Lorraine le 26.09.2006
Par CES Lorraine
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